06 - Jeudi 8 Octobre 1987 - Un roman troublant…

1989

Comme à l’accoutumée, Mathilde à demi couchée contre moi sur le banc que tout le monde savait être le nôtre, m’écoute toute ouïe.
- « Il est tard mais je n’ai pas sommeil. Le malaise de Charlotte m’avait angoissée mais ça retombe et plutôt que de m’abattre ça me speede… Je me lève alors et sors de la chambre d’amis où Charlotte dort. Je m’avance vers le salon où j’entends la télé. Là, Fiona est installée confortablement sur son canapé et m’invite à la rejoindre. Je m’assieds à l’autre bout du canapé et ose enfin la regarder. Je la trouve belle et ça me terrifie. Pourquoi ça me fait cet effet de la trouver belle ? »
Mathilde est suspendue à mes lèvres mais je sens la gêne me gagner alors que son regard me fixe. Pourtant, je poursuis, courageusement. Ou inconsciemment…

- « Elle me pose enfin des questions sur moi, sur nous, sur les raisons de notre fugue, j’y réponds sans aucune méfiance, loin de toutes ces règles de silence que je m’étais fixées… Alors que nous parlons, Fiona s’est approchée jusqu’à être tout contre moi et ce contact me met dans un drôle d’état et j’ignore pourquoi. Elle est maintenant si près que nos lèvres se touchent et je ne fais rien pour m’écarter, pas plus qu’elle. Soudain je sens sa bouche effleurer mes lèvres avec douceur. Et elle m’embrasse. C’est étrange ce baiser. Paul ne m’a jamais embrassée comme ça. Lui, il collait ses lèvres un peu brusquement puis sa langue fouillait ma bouche avec autorité. Fiona, elle, elle embrasse mes lèvres, les lape d’une langue douce et les entrouvre peu à peu. Je ne peux que me laisser faire. Et quand sa langue vient se mêler à la mienne, je sens mon cœur qui s’emballe. Je sais à cet instant qu’elle provoque en moi des sensations nouvelles. Je sais que je n’ai jamais rien senti d’aussi agréable. Je sais que de tout ce que Fiona pourra tenter, je n’empêcherai rien… car corps et âme je me sens envoûtée… Je sais que jusqu’alors je ne savais rien…»

J’ose enfin relever la tête pour affronter le regard de Mathilde qui s’est relevée, interloquée. Moi, je suis troublée car j’ai couché sur le papier des sensations que je n’étais jamais parvenue à exprimer. Et quand même, je suis fière de moi d’avoir pu exprimer tout ça, malgré ma peur et ma timidité.

- T’es space toi ! Elle a quitté Paul pour se taper une nana ???!!! C’est quoi ce délire ?! C’est dégueu ! Où t’as encore été chercher ça ?!

- Ah oui… ? Tu trouves ?

Vexée par sa réaction, je me lève, agacée, je la considère avec provocation, blessée, profondément par sa réaction.

- Ben tu sais quoi ? Moi, ça ne me choque pas ! Pas du tout, même !

Et c’est évidemment « S’envoler jusqu’au bout » de Jeanne Mas qui me vient alors en tête et ajoute à mon trouble, alors que je tourne les talons.

Je pars m’isoler, dans ce coin reculé du collège où personne n’a jamais songé à aller, un racoin perdu en haut d’un escalier que l’on n’a pas le droit de monter. Je prends mon carnet et j’écris en pleurant de rage.

poeme

 

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.

Playlist de Hardelot-Plage