05 - Vendredi 26 avril 2013 - Cyber Hurtebise

2013

Installée dans le salon, je surfe sur ma tablette en 3G et cette vision de Hurtebise reliée au monde via le net me fait soudainement sourire. Quelle concession à sa rusticité… !
Je vais sur ma boite mail et consulte mon courrier et c’est avec soulagement que je vois enfin un mail expéditif d’Emmanuelle : « J’ai bien reçu ton invitation. Je ne sais pas encore. Trop de choses dans ma tête et dans ma vie en ce moment… Trop… Et en même temps, tellement envie… »
Ce mail laconique me touche comme le plus violent des uppercuts. Et moi donc, si j’en ai envie… ! Si peu de mots et tant d’émotions.

Clara est entrée sans bruit dans le salon, accompagnée de ses collègues. Je sais que je ne peux plus reculer et qu’il me faut céder à son désir de confession. Alors que Solenn et Patricia me saluent du bout de la pièce en transportant leur matos, Clara s’approche pour poser ses lèvres sur ma joue avec douceur.
J’ignore si ses collègues ont vu l’escapade de Clara pendant la nuit. J’ignore si elles savent le torrent de désir qui a déferlé en nous cette nuit. Clara me regarde avec douceur.

- Alors… c’est le grand jour ! Il va falloir commencer à te confier…

- Ok… je te dirai tout ce que tu veux savoir d’ici quelques minutes… le temps de répondre à un mail… !

Le temps de faire « répondre à » et juste de taper : « Manue… tu connais ce proverbe : un seul être vous manque et tout est dépeuplé… Sincèrement, pour moi, sans toi ce week-end n’aurait que peu de raison d’être Je t’attends… ». Je signe « Galou » et j’envoie. 
Je vois que Clara regardait par-dessus mon épaule, je la bouscule et me lève vivement.

- On y va ! Devant un petit kawa, ce sera encore mieux !

 

Les deux techniciennes sont face à moi, attablée devant mon bol de lait, adossée au mur jaune passé de la cuisine. Je me dis que mon tee-shirt vert doit hyper bien ressortir à l’image dans la cuisine jaune et rouge, baignée par la douce lumière du soleil levant. Clara est proche de moi, face à un café. Elle me fixe. Je lui demande par quoi elle veut que je commence, elle me laisse le choix, je crois qu’à ce stade elle a surtout envie que ça démarre vraiment. Elle me dit que le plus simple serait que je parle de chacune de mes amies, en fasse ma présentation. Exercice périlleux…

- Ok… alors Mathilde… !

Mathilde et moi, on s’est connues en quatrième. On s’est retrouvées dans la même classe. Une classe où je ne connaissais personne, en sauvage que j’étais. Mathilde était tout ce que je n’étais pas : une fille bourge et un peu snob, un brin autoritaire, un rien arriviste, qui savait ce qu’elle voulait… Elle a été élue déléguée de classe. Faut dire qu’avec son coté cheftaine scout, ça lui allait comme un gant ! On a sympathisé dès la rentrée… Je l’intriguais visiblement, à n’être pas comme les autres. Moi, la fille solitaire, qui s’isolait au pied d’un arbre aux récrés et le midi pour bouquiner ou écrire. On adorait lire toutes les deux. 

- Alors comme j’écrivais, c’était ma première lectrice. J’écrivais par épisodes et chaque jour, le midi, je devais lui lire un chapitre… c’était devenu un rituel incontournable. Parfois elle discutait mes angles d’approche, trouvait à redire sur une formulation, mais le plus souvent elle écoutait dans un silence religieux…

J’ai oublié la camera et les deux filles qui m’épient, je suis plongée dans mes souvenirs et seuls le regard et la voix de Clara m’en tirent.

- Tu écrivais quoi ?

Je souris en repensant à ces histoires dignes de sitcoms pour ados en pleine éruption de puberté, des histoires d’amour « fleur bleue » : le beau gars sympa qui rencontre la fille cool et avec qui c’est le coup de foudre qui dure au moins un mois ! 

- Le retour de la vengeance de la Boum, tu vois quoi…

A ce moment, je me remémore une anecdote que je lui raconte illico… Dans mon roman à épisodes journaliers, l’héroïne me ressemblait à s’y méprendre (enfin, moi, en mieux, toujours, c’était un principe !). Elle faisait, avec sa meilleure amie, une fugue de l’école militaire où sa méchante belle-mère l’avait fourguée, pendant que ses journalistes de parents étaient retenus comme otages au Liban (oui j’étais à la pointe de l’actu !)… Au cours de la fugue (en plein hiver, tant qu’à faire pour renforcer le côté dramatique du truc), elles étaient hébergées par une nana d’environ 25 ans qui ressemblait à s’y méprendre à Fiona Gelin dans « Paroles de Flics » que j’avais vu quelques jours plus tôt et qui avait secoué mes hormones en pleine puberté…
 

 

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