38 - Mardi 2 janvier 1990 – Hurtebise sous la neige

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Le vent souffle sur Hurtebise et les premiers flocons se sont mis à tomber dans l’après-midi. Nous sommes à Hurtebise avec ma mère et Manue depuis le 31. Nous avons fait un réveillon cool toutes les trois et nous sommes encore là pour quelques jours. 
Le vieux téléphone sonne alors que Manue et moi bossons une dissert de philo, allongées sur le canapé. Ma mère arrive un peu gênée, se frottant les mains nerveusement. Elle se lance dans d’hasardeuses explications confuses sur le pourquoi du comment il lui faut rentrer à Laon. Depuis le divorce, Maman est souvent étrangee. Je me doute qu’il doit y avoir une histoire de cœur là-dessous mais elle se comporte bizarrement comme si elle devait me cacher des choses, m’épargner de je ne sais quoi…

- Bon, ben nous on peut rester ici, quand même ! On est grandes maintenant !

- Mais tu n’y penses pas, Gaëlle, je suis responsable d’Emmanuelle… ses parents me l’ont confiée !

Manue et moi sommes désespérées, Hurtebise c’est notre refuge, notre point d’ancrage… et puis je suis bien, moi, ici, avec Manue, à dormir tout contre elle.

- Mais Maman… ! Tu ne peux pas nous faire ça… ! On est bien ici… il nous reste presque une semaine de vacances… et on a des devoirs à faire ensemble ! 

L’argument imparable et ultime a été dégainé : les devoirs !

- Bon… ok… je viens vous rechercher ce week-end… mais, pas de bêtises, hein ?!

Comme si on pouvait demander à des adolescents de prendre cet engagement… ?! Que sont les bêtises pour nous et celles pour nos parents ? A peine sa vieille Volvo 740 a-t-elle démarré qu’on hurle de joie en se sautant au cou ! La maison est à nous !

On passe le restant de l’après-midi à chahuter sur la plage, sous les premiers flocons, on rit, on se taquine, on est seules au monde et c’est frigorifiées que nous rentrons, surtout Manue, beaucoup moins robuste que moi.

Déterminée à la réchauffer, je vais chercher du bois pour recharger le feu, dans le poêle à bois, comme ma mère m’a appris à le faire et invite Manue à prendre un bain chaud pendant ce temps pour revenir à une température raisonnable.
Je prépare un chocolat chaud comme ma grand-mère savait si bien le préparer pour me « réchauffer le ventre » comme elle le disait. J’allume mon poste cassette sur laquelle traine une compil. La chanson d’Elsa que j’adore est d’actualité !

Une fois le feu du poêle bien vif, je monte à la salle de bains où j’imagine Manue prostrée près du chauffage, pour l’informer de l’imminence d’une température plus qu’agréable dans le salon.

radiateur

Quand j’entre, mon cœur cesse de battre un instant, Manue est debout face à moi, entièrement nue. Je suis tétanisée. Mon ventre se serre. Je suis incapable de détacher mon regard de son corps. Je la trouve si belle. Certes on s’est embrassées en aout, et plein de fois depuis, certes… mais je n’avais jamais vu ni même imaginé son corps, sa nudité, l’effet que cela me ferait. 
Manue me regarde. Je crois que le feu embrase mes joues. Elle n’a pas dû louper grand-chose de mon trouble. Tranquillement elle prend mon vieux peignoir et se glisse dedans.

- Ca y est, il fait chaud ?

Comme aucun son ne sort de ma bouche, je me contente de hocher la tête et la suit dans l’escalier de bois jusqu’au salon ou une douce tiédeur gagne du terrain, avec le crépitement unique de ce vieux poêle Godin qui nous réchauffe depuis au moins 2 générations.
Manue prend la couverture qui traînait sur le canapé et la pose près du poêle afin de s’y installer avant de me tendre la main.

- Viens Galou… viens me réchauffer…

Sa voix a un tintement un peu rauque, suave qui achève de me troubler. Je m’assieds près d’elle en proie à de grandes émotions mêlées dans un joyeux fouillis, me privant de toute capacité à communiquer. Je ne suis capable que d’obtempérer docilement.
Phil Collins en profite pour remonter de quelques degrés la température avec cet imparable slow. 
 

 

- Serre-moi contre toi, Galou…

Incapable de la moindre initiative, je me contente toujours de m’exécuter, je la prends contre moi et là les sensations augmentent d’un cran, j’ai véritablement mal au ventre, mes entrailles se tordent, ma tête tourne, mon cœur aussi se serre. Je m’entends murmurer son prénom, dans un souffle. 

- Manue… je t’aime…

Elle relève enfin son visage et me montre un regard tout brillant d’émotion. Nos visages sont proches à se toucher. Je perds un peu le contrôle des opérations, je suis bouleversée… Je me dis que c’est à moi de prendre l’initiative mais j’ai peur et je m’en veux d’avoir autant la trouille. Mais je me surpasse, avance mon visage de quelques millimètres et glisse ma langue entre ses lèvres pour aller chercher la sienne et ce baiser a quelque chose de vraiment différent des autres que j’ai pu échanger.

Nous nous embrassons tendrement et le désir monte en moi, dominant ma timidité, il me pousse à renverser Manue sur la couverture après avoir ouvert son peignoir. Mes mains et ma bouche se perdent sur son corps entre soupirs et plaintes. Je caresse ses petits seins ronds, ses cuisses, son ventre. Je lui murmure qu’elle est belle, que je l’aime, que je la veux… les mots se bousculent, se brouillent, mon souffle est court. 
Manue m’aide à me déshabiller et je me couche sur elle, soudant mon corps au sien, tout en l’embrassant. Nous ondulons longuement l’une contre l’autre, frottant nos corps, mélangeant nos peaux. Nous passons la nuit à nous aimer, à nous caresser, à jouir l’une de l’autre, à nous désirer et à nous aimer encore et encore… La nuit. Et le jour. Et tous ceux qui suivent…

A l’issue de ces vacances, j’aurai une excellente note à cette dissert de philo dont le sujet était : « Le désir peut-il être coupable ? »

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