37 - Dimanche 28 avril 2013 – Sunday night

Ce soir on a diné et c’était aussi très sympa, même Mathilde a oublié d’être aigre et ça fait du bien… On a ri, beaucoup. 
Même Manue et qu’est-ce qu’elle est belle quand elle rit… Elle arbore un look un peu androgyne ce soir et je retrouve ma Manue d’il y a 23 ans. Je n’ai pas arrêté de la regarder au repas, faut dire qu’elle était assise juste en face de moi, ça n’aidait pas ! A un moment Elodie a glissé une main sur ma cuisse et j’ai sursauté alors qu’elle était au bord la fermeture de mon jean. Je l’ai regardée stupéfaite et elle s’est penchée à mon oreille.

-    Je vérifie juste que la température que tu dégages ne risque pas de bruler la nappe….

J’ai éclaté de rire et Manue m’a regardée et son regard s’est accroché au mien, elle m’a souri et c’était comme dans un film avec Meg Ryan… Enfin bon une Meg Ryan goudou quoi…  Je crois qu’elle me plait encore plus qu’il y a 23 ans… Manue, pas Meg Ryan, non parce que Manue elle ne s’est pas fait botoxer, elle, et bon sang ce qu’elle est belle !

verres

Certaines s’affairent au débarrassage de table, d’autres à la vaisselle, moi j’aide mollement sans être vraiment utile… Je suis ailleurs… Je vois alors Elodie commencer à faire de la place, pousser le canapé la table et les fauteuils… comme lors de nos boums.

-    Galou, va chercher ton ipod et tes enceintes ! Ce soir c’est Sunday night fever ! 

Alors que je m’exécute, en filant dans ma chambre, je vois Solenn prêter main forte à Elodie en mettant à disposition du matos un peu plus top niveau que mes petites enceintes. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, mon ipod est branché, Elodie farfouille et la musique démarre. 

Playlist du moment un peu planante et électro pour démarrer, histoire de se chauffer. Ca tombe bien j’ai besoin de me vider la tête. Je rejoins Elodie et yeux clos je me laisse aller dans le flow de « One Day / Reckoning Song » qui fait écho. 

One day

Les mains d’Elodie venant m’attraper les miennes ou mes hanches me ramènent à la réalité et me font ouvrir les paupières parfois. Je crois que c’est ce qu’elle cherche… La « piste » se remplit peu à peu.

Elodie, d’un coup, en piètre DJ, change et de rythme et d’époque en balançant « I’m so excited » comme autrefois, pour venir m’entrainer dans un madison, sur lequel seules Lucie et Hélène nous suivent. 
 

J’ai l’impression vraiment d’avoir 17 ans et de croiser le regard amusé de Manue comme lors de l’été 1989 et c’est doux… Je me laisse aller à m’amuser avec mes copines comme avant et il y a bien longtemps que ça ne m’est pas arrivé.

Elodie parvient enfin à provoquer l’arrivée sur la piste de Manue en lançant Lykke Li et son envoutant « I follow rivers », musique phare de « La vie d’Adèle », ce film que j’ai tellement hâte de voir.
 

Tout en dansant, j’observe Manue. Nos regards s’attrapent et finissent par ne se plus se lâcher, nous aimantent puisque, imperceptiblement, on se rapproche et on est bientôt l’une face à l’autre. Nos mains se touchent parfois en dansant. Tout le monde chante. Nous aussi. On ne se lâche plus du regard comme pour rattraper ces 23 ans sans se voir, sans se contempler. Je me sens émue, mes yeux doivent briller, je me retiens de laisser aller ces larmes qui ne demandent qu’à couler… Quand vient le moment le plus lent, au milieu de la chanson, sans même s’en rendre compte on se retrouve l’une contre l’autre, à se toucher.  Je sens son corps tout contre le mien et ça m’électrise, j’en ai la chair de poule. Heureusement le rythme reprend et on se remet à danser et chanter, pour ma part très troublée. Je croise le regard attendri d’Elodie qui ne loupe pas une miette de cette intensité.

Après quelques musiques actuelles, qui ont rivé Manue dans un périmètre de deux mètres maxi de moi, Elodie retourne à ses presque platines pour recasser le rythme en lançant Mecano et son fameux « Une femme avec une femme » que j’ai tant écouté et qui m’a tant fait pleurer lors de ma séparation d’avec Manue.

Piètre DJette mais excellente amie ! Nos amies se retrouvent un peu décontenancées et freinées dans leur envie de danser quand la chanson débute, vu que c’est quand même LE slow lesbien par excellence.  C’est on ne peut plus naturellement que Manue glisse dans mes bras pour danser, pour la première fois, en public ce slow avec moi. Mes bras se referment à peine sur elle, délicatement et avec un immense trouble. Son visage est à quelques centimètres du mien et nos regards ne se lâchent plus le moindre instant malgré les premières larmes qui commencent à couler de part et d’autres. 

Une femme

On se regarde et c’est intense, nos regards sont comme accrochés malgré les larmes qui les inondent. 
La chanson s’est finie, nos larmes ont fini par cesser de couler mais nos regards sont restés scotchés l’un à l’autre. Nos amies, émues elles aussi, font un cercle autour de nous. Elles fondent sur nous d’un élan commun impulsé par Elodie et nous serrent contre elles. 
C’est un truc de dingue, mon cœur doit battre au moins à 400 bpm. Il y a tant d’amour en nous, entre nous et autour de nous…

Quand nos amies s’écartent enfin de nous, on a enfin grandi, je n’ai plus 17 ans. J’ai 40 ans et l’amour de ma vie me tient la main. Je croise le regard ému de Clara derrière sa caméra. Elle me sourit.
Elodie remet des musiques plus dansantes et tout le monde fonce se défouler à nouveau sur la piste, mais la main de Manue ne m’a pas lâchée. Clara s’approche discrètement pour me dire à l’oreille qu’elle est heureuse pour moi et ça me fait aussi du bien.

On est là un peu plantées au bord de la piste improvisée à ne pas savoir quoi faire avec nos mains liées, on finit par se regarder et on se sourit. Puis on s’écroule sur le canapé avachi, collées l’une à l’autre sans pouvoir échanger le moindre mot, tout serait vain, à cet instant précis… On savoure juste ce contact.
Les filles arrêtent parfois de danser et viennent nous rejoindre. On est bien. Tout le monde bavarde gaiement, mon ipod fait sa vie en fond musical de cette soirée riche en émotions. Soudain, c’est Texas et son envoutant « Put your arms around me » qui prend le relais.

Manue est tout contre moi. Sa tête sur mon épaule. Je sens son souffle dans mon cou. Je frissonne. Sa main reprend la mienne avec douceur. Elle relève un visage au regard hyper troublant. D’un coup, d’un seul, mon rêve le plus fou se réalise, devant nos amies lors de cette chanson magique, Manue m’attire à elle et attrape ma bouche avec fièvre.  Sa langue retrouve la mienne avec délice. Un long et avide baiser comme si ces 23 ans n’avaient pas existé. Un baiser qui gomme cette horrible blessure. Ses mains fourragent dans mes cheveux les miennes agrippent sa nuque pour me tenir et m’éviter de m’écrouler sous le poids de l’émotion.

Quand nos lèvres se lâchent enfin, nos amies se sont écartées par pudeur. On se serre l’une contre l’autre et on savoure ce moment magique. On se serre, on se sent, on se ressent, on se réapprivoise sous les regards furtifs bienveillants de nos amies. 

La chanson à peine terminée, Manue me prend par la main pour m’entrainer à sa suite dans l’escalier de bois. Je la suis complètement ravagée par l’émotion et ces nœuds dans mes viscères ont été remplacés par une violente attaque par une horde de papillons en furie.

escalier

 

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