34 - Dimanche 28 avril 2013 – Girl power !

On a réussi à déjeuner normalement et c’était inespéré, on a même réussi à toutes sortir en balade l’après-midi dans une ambiance plutôt chaleureuse. En plus il fait beau, le soleil a décidé de nous réchauffer pour passer ce cap et ça c’est plutôt sympa de sa part. 

Les filles nous entourent chaleureusement Manue et moi. On s’est peu parlé mais beaucoup observé. J’ai souvent croisé son regard. J’ai souvent senti mes tripes se nouer.
Elodie raconte des bêtises pour détendre l’atmosphère, elle amuse la galerie, alors que nous nous promenons sur la plage. Même Mathilde s’est détendue et rit avec tout le monde. On croise une famille en balade qui nous regarde devant surement se demander ce qu’est cette bande de femmes quarantenaires quand Elodie leur lance, poing levé, un « Girl Power ! » qui nous fait toutes éclater de rire !
 

fuck

J’en profite pour raconter mon désir de faire une chronique justement sur des féministes du quotidien. Elodie se met alors à nous raconter ce lieu de vie qu’ils ont fabriqué au milieu d’un village qui mourrait, le lieu de rencontres culturelles et sociales qu’il devient, avec justement l’émergence, dans ce trip anti-normatif-consumériste et écolo d’un mouvement féministe qui a su embringuer même les quelques mamies du village qui rejoignent une à une ce tohu-bohu de femmes avec jubilation… Ca me laisse rêveuse, plaquer Paris et sa fièvre pour aller m’installer au milieu de nulle-part avec cette bande d’utopistes doux rêveurs qui a su créer du concret, du vrai, du beau, du magique…

Je me mets à m’évader dans une vie parallèle, où j’écris et enregistre mes chroniques dans un environnement apaisant, ma fenêtre ouverte sur la nature, loin de tout gaz d’échappement et de tout bruit de voiture… C’est tellement cool que même la musique de Moby est là en fond sonore…

Elodie me tire de mon monde parallèle en nous parlant de Tiphaine, sa fille de 15 ans sous l’œil intéressé de Clara et son équipe. Elle évoque ses peurs légitimes de maman d’ado qui commence à s’intéresser aux garçons, mais elle est rassurée de voir sa fille se pencher sérieusement sur le féminisme. Elle a été ravie de retrouver dans sa chambre quelques bouquins lui appartenant dont le fameux « King Kong Theory » de Despentes. Je lui dis que c’est amusant parce que c’est un de mes bouquins de chevet et Despentes une femme qui m’aide à vivre dans ce monde.

chevrefeuille

En milieu d’après-midi, avec Elodie, nous nous isolons dehors, dans un coin du jardin, près du chèvrefeuille qui embaume l’air et je lui raconte en quelques mots ce qui avait précédé le séisme matinal. Lucie nous a rejointes.

Elodie me demande ce que je ressens et je n’arrive même pas à le leur dire tant tout est embrouillé et en bordel dans ma boîte crânienne. Ce n’est déjà pas bien rangé habituellement, mais là on atteint des sommets ! Pour décrire mon cerveau à ce moment, faut s’imaginer un Emmaüs… Tu le vois ? Eh bien c’est pareil ! Un bordel de bric-à-brac d’armoires à émotions, de commodes de mots, de chiffonniers de sensations physiques et de buffets de sentiments en tous genres, pas rangés, en fouillis, même pas artistique !

Elodie me dit de laisser les choses se faire, de me laisser aller, au feeling. Elle me parle mais je n’écoute pas vraiment, je suis loin… Quelques mots me parviennent parfois même comme si j’avais la tête sous l’eau. Lucie m’a prise dans ses bras en me disant que depuis ce matin elle s’en veut de n’avoir rien vu à l’époque, de n’avoir pas su être là. Elle dit que pourtant elle avait bien senti qu’il se passait un truc, elle reparle de la scène de la plage. Mais bon, c’est moi qui n’ai rien voulu dire, je ne veux pas qu’elle culpabilise. Et puis, il y a prescription… 

Je leur raconte des bribes de la soirée du Bac. Les mots de Manue. Mon cœur en miettes au pied du lit. Le sol qui s’était dérobé. Mon cœur pas bien recollé qui ne fonctionnait plus pareil depuis. U2. Stéphane. L’alcool. Les larmes refoulées. Le cactus. 

Elodie avait tant bu ce soir-là qu’elle ne se souvient de rien, hormis d’avoir trinqué avec nous en disant qu’elle le repasserait en candidat libre ! Avec un « Fuck Claudel ! » (Claudel étant notre lycée car Elodie n’en voulait ni à Camille ni à Paul, bien sûr !) bien appuyé qui avait même fait sourire ma mère. Et Lucie se souvient de moi un peu distante mais elle avait été loin d’imaginer le chaos intérieur qui m’habitait.

Elle dit que ce qui est compliqué avec moi c’est le manque d’expressivité de mon visage parfois, mon incapacité à dire ou même montrer ce que je ressens… Je le sais bien, mais bon je ne vais pas en même temps faire mon coming-out de neuroatypique !

Je repense aux heures qui ont suivi. Des heures lourdes d’être vides d’elle, de projets… Je repense à ma mère, à ce que tout cela a changé entre elle et moi, définitivement et radicalement.
 

 

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.

Playlist de Hardelot-Plage