33 - Mardi 3 juillet 1990 – Bac to the future

C’est la fête. Et même Elodie qui n’a pas eu son bac est là, chez moi, avec toute la bande et d’autres qui se sont incrustés. Ma mère nous a préparé des pizzas et des quiches et elle s’est éclipsée chez son mec pour nous laisser, après avoir trinqué à nos bac. 
C’est la fin de l’adolescence que l’on fête, le départ pour la vie, la vraie, le décollage pour de nouveaux horizons. J’attends la réponse de la Sorbonne, comme Manue, pour aller chercher un logement. J’ai hâte !

Ce soir, comme depuis quelques jours, Manue est un peu distante et ça m’inquiète un peu, moi qui n’aspire qu’à la féliciter en la renversant sur mon lit. Les jours précédents j’ai mis sa distance sur le compte du stress pour le bac et de la pression. Mais là je ne comprends pas. Malgré toutes mes tentatives, je n’arrive pas à m’isoler avec elle. Alors qu’un peu partout nos copines roulent des pelles à leur mec, moi je dois ronger mon frein. On se félicite, on boit, on rit, on danse mais la distance de Manue et son air absent me chiffonnent de plus en plus. 

La soirée s’égrène, Manue danse. Avec Stéphane. Beaucoup. Trop. Elle boit. Beaucoup. Trop. Je ronge mon frein jusqu’à ce que je la vois partir aux toilettes. Je la cueille à sa sortie et la pousse dans la chambre de ma mère, la bouscule contre le mur et l’embrasse avec fièvre. Manue me laisse l’embrasser mais je sens bien que ce n’est pas comme d’habitude. Notre baiser manque de fougue… de réciprocité en tout cas. Je m’écarte pour lui demander ce qu’il se passe. Des larmes coulent sur son visage vide d’expression. Elle reste mutique. J’attends un peu et insiste.

-    Ca ne va pas Manue… ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Je veux l’enlacer mais elle me repousse doucement, toujours aussi absente. Elle arbore un air lointain, je ne parviens pas à capter son regard, mes tripes se nouent, ça ne sent pas bon tout ça, mon corps me le dit. Quelque chose est en train de déconner, je sens bien le souffle du désastre qui monte.

-    C’est fini, Galou…

J’ai l’impression qu’un couteau me transperce le cœur d’un coup. Le souffle ne m’a pas préparée à ça. Je défaille. Ma tête tourne. Mes jambes flageolent. Je me raccroche au montant du lit.

-    Quoi… ? Qu’est ce qui est fini… ?!

Ma voix n’est qu’un souffle. Je connais déjà la réponse, j’ai très bien compris mais je ne veux pas y croire, je ne veux pas comprendre. Mon cerveau refuse l’évidence. En une phrase elle m’a tailladé le cœur.

-    Nous deux… Je ne pars pas faire mes études à Paris avec toi… Je vais partir… c’est mieux… 

J’entends la porte s’ouvrir. Le sol s’est ouvert sous mes pieds, quand Manue est sortie sans un regard vers moi. 
Mon cœur s’est déchiré en morceaux et il est tombé sur le sol éventré. Tout mon être est en miettes, éparpillé au pied du lit de ma mère.

Le plafond tourne, je m’accroche comme je peux. La musique m’arrive plus distinctement aux oreilles et Chris Isaak sussure de sa voix suave "I'd never dreamed that I'd meet somebody like you And I'd never dreamed that I'd lose somebody like you . "

Je sors et accrochée au mur du couloir je la vois dans les bras de Stéphane, le laisser l’embrasser à pleine bouche. Je glisse le long du mur sous le choc. Je hurle intérieurement. Aucun son ne sort de ma bouche. Je n’ai jamais ressenti une telle douleur.

On est le 3 juillet 1990 et mon cœur s’est arrêté de battre un instant, puis il est reparti mais il ne battra plus jamais comme avant.
Le 3 juillet 1990, quelque chose en moi a cessé de vibrer, croire, rêver, espérer… vivre…

J’ai ramassé les lambeaux de mon cœur ensanglanté, en sanglotant et je me suis relevée, j’ai essuyé mes larmes. Il faut rester debout et retourner à mes amies, comme si de rien était… Un amour secret ça donne chagrin d’amour muet…

lambeaux coeur

 

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