30 - Dimanche 28 avril 2013 – Sunday morning

Je me suis réveillée tôt, avant Clara qui profite d’un des rares matins où elle peut dormir et sans un bruit, je suis sortie, direction la plage, avec mon ipod dans les oreilles. David Bowie et son « Modern Love » me propulsent gaiement de Hurtebise vers la plage. 

Je repense à cette scène marquante de « Mauvais Sang » de Leos Carax où Denis Lavant, en plan séquence court comme un dératé dans une rue sans fin, de Paris et je me mets à courir comme lui, longtemps avant de m’essouffler et de perdre haleine, sur ce sable mouillé qui colle aux semelles. Je me sens bien ce matin. La plage est à moi. Il fait clair. Mes idées le sont un peu plus aussi. Je suis en vie.

plage

Je ralentis un peu mon rythme. La musique cogne tellement fort dans mes tympans que je ne m’imagine pas suivie. Je sursaute quand une main se pose sur mon épaule et me ramène à la réalité, me faisant me retourner et retirer mes écouteurs. Manue, en jean et vêtue de ma vieille parka laissée à Hardelot, en dépannage, est là derrière moi. Sa main sur mon épaule glisse sur le haut de ma poitrine alors que je me retourne. Elle me sourit.

-    Tu aurais dû me dire hier soir que tu irais marcher, j’en avais très envie aussi… enfin… marcher… courir… danser… 

Elle n’a toujours pas retiré sa main, elle me regarde avec un sourire doux. Il y avait longtemps que je ne l’avais pas fixé ce regard-là. Il n’a pas changé, toujours le même, surtout là qu’il n’est pas maquillé. Je me perds dans ce bleu alors que K.d. Lang a remplacé David Bowie et chante Hallelujah dans mes écouteurs qui pendent.

-    Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit… je n’ai pas arrêté de penser à ce que tu m’as dit hier…

Mon cœur s’est mis à battre à tout rompre alors que son regard s’est embué, sa loquacité me sidère, elle qui fut si peu apte à communiquer. Son contact m’électrise et j’ai peur de ce qu’elle va dire… Je suis terrifiée et je tremble nerveusement.

-    J’ai été nulle, Galou… Je t’aimais comme une dingue, tu sais, mais ça me terrorisait. Je ne me sentais pas prête à assumer aux yeux du monde, de ma famille, de nos amies… Je t’ai fait du mal, je t’ai quittée et ça été comme si je m’étais amputée toute seule… 

Son regard brille et le mien aussi et c’est surement pour éviter à l’émotion de la submerger qu’elle s’écarte doucement et se remet à marcher lentement, tout contre moi.

-    Evidemment, le temps a fait son effet… j’ai fini par pouvoir sourire à nouveau, avoir des aventures… Evidemment… Mais tu m’as toujours manquée… Je me suis forcée à croire, en lisant tout ce qui me tombait sous les yeux sur toi, ton parcours, que tu étais heureuse… Toi, tu avais eu le courage et la force de t’assumer, tu menais une vie visiblement très épanouie avec ton homosexualité… Oui, j’ai suivi ta carrière, ton blog, j’ai regardé tes photos, le moindre de tes projets… Et ce malgré tes pseudos… Je t’ai traquée à chaque fois que j’ai pu…  J’ai toujours aimé tout ce que tu faisais… Et je me suis dit que tu avais réussi à tourner la page…

A ces mots je l’arrête en attrapant son bras, incapable de laisser passer ça, cette fausse impression qu’elle a eue.

-    J’ai JAMAIS tourné la page, Manue… Je t’ai cherchée dans toutes ces filles que j’ai séduites, je me suis laissé aller pour oublier que tu ne voulais plus de moi… mais je n’ai jamais réussi à vivre une histoire qui marche… Ce n’était pas toi… Y a eu personne pour me faire t’oublier… Rien pour cicatriser la plaie que tu as laissée… J’ai cru que tu ne m’avais quittée parce que tu ne m’aimais plus… que j’avais été nulle, que j’avais pas su t’aimer….

Manue pose ses doigts sur ma bouche. Nos regards se croisent, douloureux et attendris à la fois. 

-    Non… tu n’as rien fait de tout ça…. Tu m’as aimée comme personne… personne, Galou…

Quel gâchis… ! Un tsunami émotionnel me ravage de l’intérieur. C’est comme si j’allais imploser entre les sensations du passé et celles du présent.

Et c’est à ce moment-là que nous croisons Lucie et Hélène qui reviennent du pain et un peu soulagée pour ma part de casser ce moment émotionnellement ingérable, nous rentrons avec elles à Hurtebise où le petit déjeuner est dressé sur la grande table de la cuisine, n’attendant que nous et les viennoiseries.

 

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