29 - Samedi 27 avril 2013 – Détente nécessaire

Contre toute attente, la soirée a été somme toute agréable, Clara a eu le bon gout de ne pas relancer son petit jeu et je sens bien que ça en arrange plus d’une… Soirée crêpe-party, ambiance cool, des souvenirs sont remontés à la surface… Des crêpes partys on en a fait ici !  J’ai fui le regard de Manue toute la soirée. J’ai évité celui de Mathilde. Sacrée gymnastique !
Elodie m’a suivie dans ma chambre, au moment où tout le monde montait se coucher, j’ai alors croisé le regard désappointé de la belle Clara et l’œil mauvais de Mathilde… Mais quel succès !!!

- Un petit pet’, Galou ?

Elodie a sorti un joint et un briquet de sa poche, avec un petit sourire, elle se met à la fenêtre et ouvre, voyant mon ipod avec enceintes posé sur la table de nuit, elle l’allume et regarde mes playlists.

- Hummm « eighties soul », ça va le faire grave !

Earth, Wind and Fire réveille alors le papier à fleurs avec « Boogie Wonderland » qui entraine immédiatement la bonne vivante qu’est toujours Elodie dans une danse. 

Pétard en bouche, elle tend ses mains vers moi, affalée dans un Voltaire défraîchi. Je décline l’offre avec un « j’te regarde » et elle me colle le pétard en bouche, puis repart se déhancher. Mais comment ai-je pu me passer d’elle toutes ces années… ?!

Après avoir longuement toussé vu que je ne fume pas, je la regarde en souriant, me faisant la remarque qu’elle m’a manquée, elle, sa gentillesse, son dynamisme, son grain de folie... La musique me gagne peu à peu. Mon corps se laisse envahir par le moove et je finis par rejoindre Elodie dont les mains m’entrainent à suivre son rythme. Je lui remets le pétard en bouche et enlacées nous dansons tout en décompression. Je me sens joyeuse comme il y a longtemps que je ne l’ai pas été. Elodie me fait tourner et nous rions en nous écroulant sur le lit. Elodie me regarde longuement, un petit sourire en coin.

- Bon alors, j’ai ouvert ta boite de Pandore… ?

L’image me fait sourire, il y a de quoi... !

- T’appelles ça comme ça, toi ?

Elle éclate de son rire sonore et communicatif et poursuit.

- Allez dis-moi, tu me dois bien ça, je l’ai ouverte pour combien d’autres ? Je te soupçonne de courir la gueuse à tout va, toi !

Nouvelle évocation qui me fait sourire. Décidemment cette Elodie n’a pas changé !

- Je ne tiens pas de comptabilité… mais on va dire que j’aurais préféré être plus mauvaise dans cette discipline là… 

- Coquine, va ! Bon, je dois t’avouer qu’entre deux couples, je rattrape aussi mon temps perdu ! Mais moi je chasse sur les deux tableaux, ça multiplie les possibilités !

- Quoi ???!!! Il y a eu d’autres filles après moi ?! Oh, j’suis déçue…. ! Moi qui croyais être la seule !

Je feins l’amorce d’une scène de jalousie, elle me sourit en se blottissant contre moi, avec beaucoup de tendresse.

- Ne le sois pas… S’il y en a eu d’autres, c’est parce que tu m’y as donné goût ma Galou ! C’est ça que tu dois te dire ! Ohhhh, je me souviens encore très bien de cette nuit-là… Tu m’avais… wowww !!!
Je la considère avec étonnement, me redressant sur mes deux coudes.

- Je t’avais… quoi ?

- Hummmm… donné du plaisir comme aucun mec avant toi ! J’aurais bien prolongé ou renouvelé l’essai… Tu m’avais scotchée quand même ! Cette sensualité… wooowww... déjà à 16 ans… je n’ose même pas imaginer maintenant !

Je lui souris, flattée et attendrie, surprise aussi de lui avoir laissé ce souvenir également.

- Non n’imagine pas, ça va te donner des envies… ! Et ma vie est suffisamment compliquée en ce moment…

- Je veux bien te croire !

Elle rit puis se redresse à son tour et me regarde avec gravité.

- Alors… avec Manue… ? Raconte…

Je me raidis, mon visage doit se tendre, je sens ma mâchoire se crisper.

- J’avais bien compris que tu la kiffais, que vous vous tourniez autour… et je me suis toujours demandée si vous aviez fini par oser avoir l’histoire que vous aspiriez à avoir… J’espérais t’avoir suffisamment décoincée pour plonger…

Je suis incapable de lui répondre et Elodie n’insiste pas, se contente de me tendre le joint, je decline, lui expliquant que ça ne me fait rien.

- Y a des plaies qui ne sont toujours pas suturées à ce que je vois… ! Profite de ces retrouvailles pour le faire… je crois que tu en as besoin pour enfin réussir à te poser, serial-fuckeuse !

C’est fou comme elle lit en moi comme dans un livre ouvert ! C’est d’elle dont j’aurais dû tomber amoureuse ! Je le lui dis et elle me sourit.

- Ca ne m’aurait peut-être pas déplu… mais je t’aurais fait du mal, ma belle, j’étais trop frivole… !

Elodie reprend un ton plus léger, arborant son sempiternel sourire en coin alors que les Bee Gees vocalisent leur slow sirupeux à Hardelot.
 

- Alors la petite journaliste, Clara… ?

D’un air faussement ingénu, je réponds un oui évasif, genre « oui ? quoi ? » mais elle ne semble pas dupe, me bousculant.

- Pourquoi t’es pas dans sa chambre, là ? Elle n’a pas l’air opposée au vu des regards que vous échangez… !

Je lui souris, sans un mot.

- Vous avez déjà…. ? Hein ?

Je ne réponds toujours pas mais des images du corps sensuel et alangui de Clara s’interposent dans ma tête un peu brumeuse.

- Ouais, ouais… vous l’avez fait… j’en suis sure… Et vu ta tête, ça devait être bien… ! Pas juste un petit coup d’un soir, hein ?

Cette Elodie ! Vraiment elle n’a pas changé ! Un radar ambulant au franc parler ! Je lui réponds qu’elle est mariée, qu’elle a un bébé de 8 mois, que nous avons ouvert une parenthèse qui se refermera avant le retour à Paris… Je lui explique que ça fait 20 ans que je joue à ce jeu-là… Avec des parenthèses plus ou moins longues… Qui se ferment plus ou moins facilement… Qui laissent parfois des cicatrices, parfois non… Elodie me considère avec douceur et se tourne vers moi pour me fixer avec intensité.

- T’as le droit d’être heureuse, Galou… t’as le droit que ça marche… T’as le droit à mieux que des parenthèses… Mais je crois que ça fait 20 ans que t’es amoureuse d’un fantôme et qu’il est temps de solder l’histoire… d’une manière ou d’une autre… Parce que là tes putains de schémas de répétition, ils sont juste de bons moyens de se planter… Je crois que là, il est temps de débloquer ton karma, ma belle… Mais bon… en attendant, la petite Clara, je crois qu’elle n’aurait pas demandé mieux qu’une nuit de plus pour lui remplir sa parenthèse de souvenirs bien chauds pour retrouver la grisaille parisienne, hein ? Pi toi, après la journée que t’as eu…. Moi, à ta place j’hésiterais pas… !

- Il est tard… elle doit dormir…

- A sa place, moi, j’adorerais me faire réveiller par une chouette lesbienne sensuelle, armée de très bonnes intentions !

Elle se lève, éteint mon ipod et me tend sa main pour m’aider à me lever. Après une claque sur les fesses, elle me pousse hors de la chambre vers l’escalier.

- Allez zou !!! Va remplir votre parenthèse !

Sans trop réfléchir, je monte doucement l’escalier évitant soigneusement les marches dont j’avais appris à me méfier du craquement, quand je m’éclipsais en douce de Hurtebise la nuit… Et je me poste devant la porte de la petite chambre de Clara. J’hésite, puis frappe doucement, sans succès. J’hésite encore un instant puis entre sans bruit dans la pénombre de la chambre que je connais par cœur, puisque c’était la mienne. 


serure

 

La pleine lune éclaire un peu la pièce malgré les rideaux fermés, mon regard s’habitue à l’obscurité. J’évite soigneusement la malle en osier au pied du lit et me présente du côté du lit où il reste le plus de place. Je soulève la couverture après avoir retiré mes chaussures et me glisse dans le lit aux cotés de Clara. Je me blottis contre elle et la couvre de baisers et alors que je la sens se réveiller, je viens sur elle pour l’embrasser encore. Elle soupire. La fièvre me gagne. 

-    Huuummmm… c’est bon que tu sois là…

Oui, vraiment, cette parenthèse-là vaut le coup d’être remplie… elle me vide la tête de tous mes fantômes l’espace de quelques instants et ça fait du bien, qu’importe demain !
 

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