25 - Samedi 27 avril 2013 – Jeu au poêle / suite et fin

Maintenant je comprends pourquoi Mathilde était si remontée après Manue. Elle avait dû remarquer mon trouble, mes joues empourprées, mon regard brillant d’émotion… Tous ces coups fourrés, ces garçons piqués, cette rivalité avec Manue, ces histoires juste parce que Mathilde me voulait sans pouvoir l’admettre ni l’assumer…
Les regards vont de Mathilde à moi, mais l’une comme l’autre, restons obstinément silencieuses. Je suis incapable de lever le malaise, aucune pirouette, aucune échappatoire…

Clara a le bon gout de ne pas s’appesantir et de relancer le jeu en faisant tourner la bouteille qui, comble de guigne, tombe sur Mathilde. Elle semble chercher ses mots, de l’air, se tord les mains nerveusement puis se lève en remuant la main, comme pour dire « Non, je ne peux pas ».
Je devrais surement me lever et filer à sa suite pour reparler de tout cela au calme mais j’en suis incapable, je me sens nauséeuse, submergée par un énorme sentiment de gâchis. C’est alors Elodie qui se lève pour rejoindre Mathilde.

- Temps mort !

Clara acquiesce. Nous avons besoin d’une pause. Hélène se propose pour aller faire un café. Lucie la rejoint. Manue reste face à moi, visiblement tout aussi retournée et mutique. Elle doit maintenant comprendre elle aussi tout ce mal que Mathilde a pu nous faire. Clara s’approche.

- C’est à ce point une révélation… ? Tu ne t’en doutais pas ?

- Non… Vraiment… non… Putain… comment aurai-je pu… ?!

Clara nous abandonne et je me retrouve face à Manue, toujours aussi silencieuse. Je croise son regard et me dis qu’elle n’a jamais été aussi belle. Dans ma boite crânienne défilent plein de moments avec elle et je cherche les mots. Mais rien ne vient… Et dans ma tête c’est la tempête. Mais je sais que ça ne se voit pas, comme toujours. Et je prends sur moi. Au lieu de m’enfuir pour m’isoler afin de faire face à cet effondrement interieur, je tiens bon. 
Hélène et Lucie nous ont préparé un gouter de réconfort et nous nous attablons dans la cuisine. Peu à peu, les discussions reprennent, amenées par Lucie qui tente d’apaiser les tensions par tous les moyens. 

Lucie parle de sa grossesse, de sa dernière échographie, de leur désir de préserver la surprise du sexe du bébé et Clara se joint avec entrain à la conversation, elle parle de son accouchement, de l’allaitement qu’elle n’a pu poursuivre en raison de son boulot et d’un coup il me vient cette vision, à moi qui n’ait toujours vu en elle que cette jolie femme séduisante à la libido frustrée. Je la considère alors avec beaucoup de tendresse alors qu’elle parle d’allaitement et de couches sans que quiconque ne soupçonne les moments que nous avons pu partager ensemble, à mille lieues de son quotidien de mère extenuée par la première journée de travail qui rentre alors chez elle et doit attaquer la deuxième. 

Et peu à peu, alors que je mon regard est posé sur elle, je décroche, mon cerveau pédale dans la semoule. Je ne suis plus là. Je ne suis pas sortie m’isoler et du coup c’est mon cerveau qui s’isole malgré moi.  Il se met en pause et comme souvent dans ces moments-là, la dernière musique écoutée se met à m’envahir…
 

Je croise alors le regard d’Emmanuelle fixé sur moi, comme ceux de toute la tablée alors qu’avec la tête du labrador face à son maitre je ne répondais pas à Lucie qui me demandait pour la énième fois si je voulais un thé ou un café… Clara a rougi devant mon air béat et mon regard plein de tendresse qui lui étaient complètement dévoués et ces deux signes ont dû suffire à mettre la puce à l’oreille des dernières ingénues…

Alors, je n’arrive pas à interpréter l’expression d’Emmanuelle qui me fixe avec une intensité que je ne parviens à soutenir. Elodie revient enfin mais seule et ça permet de détourner l’attention, ouf ! Elle me regarde avec une moue qui semble dire que ça ne va pas et qu’elle n’est pas parvenue à réparer ça. Tout du moins, c’est ce que j’y décrypte dans cette moue, moi… Et du coup, j’y trouve le prétexte pour quitter le regard d’Emmanuelle et la tablée afin de retrouver Mathilde qu’Elodie m’indique à l’étage, surement dans sa chambre au milieu d’un ouragan nommé Mathilde.
 

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