24 - Samedi 20 mai 1989 – Boum de Stéphane

Ca fait des heures que cette boum n’en finit pas, je suis coincée là parce que je dois dormir chez Mathilde et je suis donc tributaire de son désir de partir. Sauf que Mathilde s’amuse, elle, elle boit comme un trou et moi je me suis isolée avec un bouquin trouvé par hasard. Un roman de Barjavel que je m’empresserai d’acheter la semaine prochaine ! Manue est là mais insaisissable, elle semble m’ignorer royalement, j’en suis malheureuse comme les pierres…
Manue fait ce que toutes les filles de notre âge font, elle danse, s’amuse, même si je croise de temps à autre un regard m’invitant à les rejoindre… mais, moi à part les slows…
Stéphane poursuit Manue de ses ardeurs depuis le début de la soirée et je dois me contrôler pour ne pas aller lui balancer un uppercut, même si Manue se débrouille très bien pour le dissuader… Enfin arrive le moment des slows et je me serais bien vue aller inviter ma douce Manue, refermer mes bras sur son corps fragile et l’embrasser voluptueusement mais malheureusement dans nos contrées, ces choses-là ne se pratiquent pas alors je dois me contenter de bouder dans mon coin, rêvant à des jours meilleurs.

Comme le spectacle de ces couples se roulant des pelles librement me donne la nausée, je me suis extirpée de mon fauteuil pour changer de pièce. Des garçons jouent à la console dans une chambre, d’autres fument sur la terrasse, il ne me reste même pas la salle de bains pour m’isoler, elle est fermée… Je me retourne pour revenir sur mes pas quand je me retrouve nez-à-nez avec Manue.

- Je te cherchais… Tu fais quoi ?

Sa voix douce m’a surprise, nous nous regardons intensément, troublées de nous trouver si proches dans ce couloir sombre. Mon cœur s’est mis à battre la chamade, troublée par cette promiscuité. Sans réfléchir et sans conscience du monde qui nous entoure je me suis collée à elle le regard happé par sa jolie bouche mais tétanisée par la lumière qui s’allume à l’autre bout du couloir, nous dévoilant Mathilde bien fatiguée…

- Qu’est-ce que vous faites… ?!

Je suis la première à reprendre mes esprits et avec un aplomb qui m’étonne moi-même, lui demande ce qu’on pouvait bien faire d’autre que papoter… Je ne suis pas sûre de l’avoir convaincue à en juger par son regard… qu’importe ! Elle venait me chercher pour repartir, sa mère est là.
Je profite d’un bref baiser sur la joue de Manue, à la limite de son oreille pour lui susurrer un doux « je t’aime » plein de désespoir et me faufile à la suite de Mathilde, pas mécontente d’aller enfin dormir.

Arrivées chez Mathilde, je voudrais bien dormir directement mais elle n’y semble pas disposée, elle est énervée et elle a moult griefs contre Manue, tous plus infondés les uns que les autres. Elle est acerbe et je me retiens de lui bondir dessus. Je ne comprends pas ce soudain acharnement. Mathilde m’agace et je me retiens pour ne pas trop le lui montrer, c’est à croire qu’elle cherche à me faire sortir de mes gonds, comme si elle me titillait via mon point le plus faible, comme si elle connaissait ce point faible…

Et même dans ce cas, je ne vois pas pourquoi Mathilde n’aurait rien de mieux à faire à 2h30 du mat’ que de me chercher…
 

Moi qui ne veux qu’une chose : me plonger dans un rêve où j’aurais eu le courage d’embrasser Manue et me laisser porter par la musique de La Boum 2, que j'ai vue au moins 200 fois… Oui, je sais je suis pitoyablement fleur-bleue…

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.

Playlist de Hardelot-Plage