02 - Jeudi 25 avril 2013 – Retour à Hurtebise mon Magic World

2013

J’ai installé les filles de l’équipe télé au deuxième et dernier étage de Hurtebise. Ce deuxième étage, c’est mon père qui l’a transformé de grenier en chambres quand Hurtebise accueillait toute la bande de leurs amis ou la famille et qu’on était à l’étroit. Ordinairement, c’était là-haut que je dormais, dans mon perchoir comme disait Maman, mais là, j’ai préféré m’installer au premier. Au moins elles ont une partie de l’étage pour elles seules et je me suis dit qu’une fois qu’elles seront couchées, cela nous laissera plus d’intimité… Elles ne vont pas nous la jouer « Loft Story » non plus ! Elles installent leurs effets personnels dans leurs chambres respectives pendant que j’aère Hurtebise… Bon il faut bien avouer que c’est vite fait, avec le vent qu’il fait ! 

Comme convenu, les filles de la bande ont toutes confirmé leur venue par un message FB, un mail, un texto voire même une lettre postée à Hurtebise par Elodie. Toutes sauf une : Emmanuelle… Elle est la seule à n’avoir pas répondu à mes incessants e-mails. Ce silence me contrarie beaucoup, car je compte énormément sur sa venue. J’ai devant moi, sur ma tablette, étalés les messages de Mathilde, Lucie et Hélène. Et à coté la jolie petite lettre d’Elodie. Je les lis et les relis, cherchant les similitudes entre ces mots d’adultes perdus de vue et ceux de mes copines de lycée.
Je revois même leurs écritures sur ce papier à carreaux ou seyes qui a marqué nos scolarités et puis je me souviens de ces petits mots griffonnés et échangés en cours, provoquant les foudres de nos profs quand on se faisait « gauler ». Je me souviens encore d’Emmanuelle avalant un petit mot que l’on s’échangeait pour ne pas avoir à le remettre au prof ! Eh oui c’était bien avant le portable et les textos… Je me replonge avec nostalgie dans ces années d’insouciance, où j’ai grandi dans le cercle protecteur de « ma » bande, à un moment de nos vies que l’on croyait éternel, tout comme notre amitié.

Je suis tellement plongée dans cet accès de nostalgie que je ne sens pas Clara qui est entrée dans la pièce, accompagnée de Solenn et Patricia, toutes armées de leur matos. Je me rends compte que je suis filmée au moment où Clara me parle.

- Alors… ? Elles viendront toutes ?

Sa voix douce me sort lentement de ma torpeur. Son regard est à l’image de sa voix, douce et posée. Son émission lui va bien, elle en est d’ailleurs la créatrice, « Carnets Intimes », l’émission qui monte de cette chaîne féminine du câble, est son bébé. Elle y suit des parcours, des parenthèses de vies, de femmes qui apparaissent toutes comme des héroïnes du quotidien.

- Gaëlle… ? Viendront-elles toutes ?

- Oui… enfin non… il me manque une réponse...

Clara me scrute de son regard clair, attendant évidemment plus de moi.

- On se prend un temps pour parler de chacune… ?

- Déjà …?

Elle m’adresse alors son sourire le plus doux et j’avoue avoir du mal à lui résister, c’est plus fort que moi. Pourtant, je ne me sens pas prête à entamer le flash-back de cette amitié d’ados et de ces portraits qu’elle attend. La nuit tombe sur la maisonnée et Solenn se charge du son pendant que Patricia filme. L’objectif est braqué sur moi, en gros plan j’imagine car Clara vient de poser sa main sur la mienne, elle la presse dans la sienne avec douceur.

- Ce n’est que reculer pour mieux sauter, tu sais…

- Et bien… je ne sauterai que mieux alors…

A mon tour de lui balancer mon sourire le plus désarmant. Plus l’échéance approche et plus l’exercice me semble périlleux. Je m’en tire pour cet instant par une pirouette, mais je sais bien que je ne pourrai pas m’en tirer ainsi la prochaine fois. Clara n’insiste pas et propose d’aller dîner. En ce qui me concerne, je n’ai pas très faim, mais j’ai très envie d’aller fouler le sable de mon enfance, alors je m’échappe au grand désarroi de Clara, qui me lance un regard inquiet.

- Ca va, Gaëlle ?

- Je vais très bien… ne t’inquiète pas… j’ai juste besoin d’être un peu seule…

Elle n’est pas convaincue mais a la délicatesse de ne pas insister. Est-elle inquiète pour son sujet ou par la perspective de passer la soirée sans moi… ? Je l’ignore. Je suis déjà dehors, j’ai traversé la rue qui me sépare de la mer et je descends sur la plage. Je foule le sable mouillé avec bonheur, il fait déjà presque nuit et Hardelot est désert. Hardelot est à moi… 

coucher soleil

Le vent fouette mon visage et je dois lutter contre lui pour avancer. J’aime cette bataille à armes inégales. J’ai perdu d’avance mais je ne cède pas et me mets à rire de mon entêtement. Et même à ce jeu-là, je perds, le souffle du vent est plus fort que mon rire et le couvre complètement. Je bats en retraite et me laisse tomber sur le sable, savourant cette communion avec la mer, le vent, les éléments. Je ris, seule, et me détends enfin après ces longs jours de stress. Ces jours à échafauder ce projet de retrouvailles qu’on s’était jurées mais que personne ne semblait prêt à prendre en mains. Dans ma poche de blouson je sens mon portable, je checke mes mails et messages FB au cas où Manue se serait manifestée, mais non… je visse le casque sur mes tympans, c’est de l’électro entêtant aux rythmes mouvants lancinants…

La voix rauque de Juliet, sur Avalon m’entraîne vers des pensées plus proches de l’abandon sexuel que musical.


Un sentiment de liberté encore plus fort que lorsque j’écoute le morceau dans le métro, m’étreint dans ce décor désert. Je me mets à courir en chantant à tue-tête, et là même le vent n’y peut rien ! Je suis libre et fière de l’être, Hardelot !

Je n’ai pas à rougir de ce que je suis devenue… je crois que la gamine de 15 ans qui trainait sa mélancolie ici serait même plutôt fière ! Je cours, je danse, je me défoule comme il y a longtemps que je ne l’ai pas fait.

 

Ajouter un commentaire

HTML restreint

  • Balises HTML autorisées : <a href hreflang> <em> <strong> <cite> <blockquote cite> <code> <ul type> <ol start type> <li> <dl> <dt> <dd> <h2 id> <h3 id> <h4 id> <h5 id> <h6 id>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.

Playlist de Hardelot-Plage