14 - Vendredi 26 avril 2013 – Après-midi nostalgie

On a sonné et j’ai sursauté, en pleine sieste que j’étais. Mes nuits sont courtes en ce moment… J’ai bondi lestement, me sachant seule à la maison. L’équipe de Fem Tv est allée faire des plans de coupe de Hardelot, sa plage, son vent… 
C’est l’œil un peu hagard et le cheveu hirsute que j’ouvre la porte sur la jolie femme embourgeoisée qu’est devenue Mathilde. Son air compassé est vite remplacé par un immense sourire.

- Ohh Galou !!! C’est fou tu n’as pas changé !

Elle, si… mais je me garde bien de le lui dire ou de dire l’inverse, je n’aime pas mentir, je n’ai jamais été hypocrite. Je me contente de lui ouvrir mes bras. Enfin non, à vrai dire elle n’a pas changé… Elle est la même, mais en plus vieille, toujours ce côté bourge, toujours cet air snob, toujours cheftaine scout. Je suis sûre qu’elle est déléguée de parents d’élèves, première à faire des gâteaux à la kermesse… Bree Van De Kamp en moins psychopathe, du moins, je l’espère !

Les effusions des retrouvailles sont courtes, d’abord car ce n’est pas vraiment ma grande spécialité mais aussi car une voiture vient se garer devant la villa, un monospace dont sortent deux femmes, une blonde et une brune que je devine être Lucie et Hélène… C’est assez peu étonnant, elles sont restées amies. 

On se tombe toutes dans les bras avec des petits cris hystériques pour les unes, des rires et des larmes pour d’autres et… pas grand-chose pour moi. Les débordements extérieurs, l’expansivité et les démonstrations ne font pas partie de mes compétences, je traine mon air impassible en moult circonstances. Etre caméléon à ses limites.
On s’écroule dans le salon que nulle d’entre elles ne trouve changé, et pour cause, et on tente de rattraper le temps perdu en se racontant nos vies dans les grandes lignes. Enfin, moi, j’écoute et n’en perds pas une miette, en bonne journaliste, j’enregistre tout dans ma boite crânienne, chacune a son petit tiroir qui s’emplit de nouvelles informations.

Hélène, la brune, est instit mais elle est en congé parental pour se consacrer à sa joyeuse tribu dont elle nous déballe une guirlande de portraits. On se croirait dans un film, ils sont tous beaux et attendrissants, du papa-poule Rémy, assistant-social un peu baba-cool aux trois bambins blondinets que sont Emilien, Alice et Gaston entre 4 et 11 ans, en passant par la petite Luna qu’ils ont adoptée en Afrique… 
Une famille formidable avec une maman comblée dans sa maisonnée écolo, une maman verte et engagée et une maman bricoleuse qui coud, brode, tricote, récupère, recycle, la vraie reine du DIY… Hélène, la sage, Hélène, l’effacée est devenue une femme épanouie, qui fait bien plaisir à regarder ! Je crois qu’elle n’a jamais été aussi belle ! Je la regarde avec admiration, elle est tout ce que je ne serai jamais : organisée, constructive, conscientisée mais comme un poisson dans l’eau dans sa maison, au sein d’une tribu attachante.

Quant à Lucie, la blonde, je l’avais recroisée parfois au début, pendant les années fac. Quand elle montait à Paris pour des recherches ou congrès, pour ses études de psychologue pour lesquelles elle avait fini par délaisser l’IFSI, je l’hébergeais…. Et puis une fois les études finies, peu à peu on s’était perdues de vue. Elle a pris plus de retard pour attraper le train du bonheur, mais là, elle est dedans et bien dedans, avec Thibaud, son amour de jeunesse, en son temps, volé par Mathilde, qu’elle a enfin retrouvé et dont elle attend un bébé pour dans 4 mois… Et sans trop de surprise, elle est devenue psychologue. Elle aussi est radieuse, l’amour et la maternité lui vont à merveille. 

A mesure qu’elles étalent leurs vies, je me sens de plus en plus en panique face à mon coming-out imminent auprès de ces filles si conventionnelles au destin si en adéquation avec les ados qu’elles étaient… Leur bonheur me ravit mais il m’effraie aussi, moi qui suis l’instabilité incarnée faite goudou… La fille qui n’a rien construit, l’adolescente de 40 ans passés qui enchaine les relations, voire les compile et les superpose dans une quête effrénée d’on ne sait quoi…

Mais vient le tour de Mathilde, dont toutes attendons le récit… Comme il doit être difficile de s’être mal comportée avec quelques-unes de ses copines et de se retrouver face à leur bonheur éclatant quand soi-même on s’est fait débarquer du train. Les dents serrées, Mathilde annonce en tremblant son prochain divorce avec Stéphane, le énième mec qu’elle avait piqué à Manue. Stéphane avec qui Mathilde a été mariée dix-sept ans et avec qui elle a eu trois enfants, Félicien, Emile et Faustine, tous entre 8 et 15 ans. Mathilde enfonce un peu plus fort le clou en confessant que pendant sa troisième grossesse, elle a découvert que Stéphane la trompait, qu’elle a pardonné, supporté pour ne pas rompre tout cet équilibre familial. Et puis, il y a moins d’un an elle a à nouveau compris qu’il la trompait encore et cette fois a décidé de ne plus l’endurer. 

Lucie et Hélène posent leurs mains sur son épaule avec compassion, je ne vois même pas chez Lucie la moindre lueur de satisfaction pour le plaisir d’avoir été vengée par d’autres du mal que Mathilde lui avait fait en lui piquant Thibaud… Non, Lulu est vraiment une fille classe, altruiste, généreuse et sans rancune aucune. Elle m’impressionne.
Mathilde me laisse admirative, Mathilde la fière n’a même pas hésité à venir et nous raconter l’échec actuel de sa vie, visiblement elle a grandi… 

A moi de poser une main réconfortante sur sa cuisse et son regard baissé de revenir se planter incisivement dans le mien, à ce contact.

- Et toi, Galou ? Raconte-toi un peu… !

Je suis sauvée par le gong, enfin plutôt la cloche du portillon qui m’extirpe du salon pour me projeter sur le pas de la porte où je vois d’abord Clara qui remonte l’allée accompagnée de son équipe.

Hurtebise

Puis je découvre un chouette combi VW sorti des eighties duquel s’est extirpée une jolie baba cool à boucles couleur de châtaigne dans les traits de laquelle je reconnais tout de suite Elodie. 

Je sors comme une tornade et cours à sa rencontre, folle de joie de la voir. On se jette dans les bras l’une de l’autre en gloussant. On s’embrasse, on se câline, on se dit qu’on s’est manqué et même que c’est vrai… Je n’ai jamais eu d’autre amie comme elle… Oui, des fois, je parviens à sortir de ma réserve.
 

 

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